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        Interview

 

Invitée du mois de Janvier 2008:

Madame Marguerite HOMB
 

 



Madame Marguerite HOMB coordonne depuis plusieurs années l’ONG Espace Créateurs, un réseau qui regroupe des structures spécialisées diversifiées les unes des autres. Dotée d’une solide formation administrative et en gestion des entreprises, elle s’investit sans ménager ses efforts dans le développement économique des collectivités.
Les participants au 1er colloque de la Diaspora ont découvert une partie de ses compétences au travers de ses judicieuses interventions.
Le site de l’association Partage lui ouvre ses colonnes.

Interview de Janvier 2008
Mme Marguerite HOMB
 


Site Association Partage (SAP) : les participants au 1er colloque de la Diaspora vous ont découvert par la qualité de vos analyses et le sérieux de vos contributions. D’où puisez-vous cette expérience ?


Marguerite HOMB (MH) : J’ai eu un réel plaisir d’échanger avec les participants au 1er colloque de la Diaspora congolaise en visioconférence le 15 décembre de l’année dernière. Mes analyses et mes contributions ont été données en puisant dans la somme croisée de plusieurs expériences capitalisées au Congo Brazzaville et à l’étranger. J’ évoquerai par exemple, le fait d’avoir initier et/ou animer le dispositif de simplification des formalités administratives des entreprises au Congo. En sus, j’ai eu à développer et à renforcer mes capacités de facilitateur auprès des développeurs économiques et des accompagnateurs des acteurs socio-économiques, en participant notamment à divers ateliers thématiques organisés à cet effet, tant au Congo qu’à l’étranger, dans le cadre de la coopération bilatérale, multilatérale et décentralisée. Et, tout en restant dans le domaine de l’entrepreneuriat, en acceptant d’apporter un appui technique et financier aux groupements éligibles et localisés pour la plupart en milieu rural au Congo, je me suis retrouvée propulsée dans un autre monde : celui de la pratique du partenariat, plus précisément la vie en réseau. Autant de fonctions remplies dans le cadre du développement. Avec le soutien du réseau associatif, le Réseau Espace Créateurs (REC), j’ai accepté d’animer ce réseau, mais aussi décidé de mettre en place et d’animer une structure technique, le Bureau pour le Renforcement des Capacités des Femmes – TRAINING, chargée d’appuyer et d’accompagner les femmes, plus particulièrement les micro-entrepreneurs. Les questions relatives à l’appui et l’accompagnement des acteurs économiques, notamment lorsqu’il s’agit de la promotion de l’insertion économique basée sur le développement des filières économiques porteuses. Cette approche, depuis 2003, a conduit l’ensemble de notre Réseau associatif à intégrer systématiquement, dans notre démarche d’appui, le développement durable. A chaque fois, les différents dispositifs en vigueur dans le développement durable, la coopération décentralisée ou le co-développement, j’y ai déjà exercé une responsabilité.


SAP : En tant que Développeur sur le terrain, que vous inspire l’implication convergente actuelle des anciens et nouveaux acteurs de développement (Diaspora, Etats, Banque Mondiale, etc.) en faveur des populations congolaises ?


MH : Ma réflexion sur ce dispositif est simple. Je vais l’illustrer par le point de vue de M. Pierre BITSINDOU dans son interview au bi hebdomadaire « la Semaine Africaine » du 23 Août 2001. Il disait ceci : « aujourd’hui le débat sur les migrations des populations africaines se focalise sur la fuite des cerveaux et le retour de ces compétences ; car le problème de disponibilité en ressources humaines capables de répondre aux besoins des acteurs socio-économiques de base dans notre pays, se pose avec acuité ; surtout lorsqu’il s’agit de relever les défis concernant d’abord la lutte contre la pauvreté, la sécurité ou la souveraineté alimentaire et, de façon globale, la réalisation des objectifs du millénaire en matière de développement ».
Il s’agit de la capacité pour notre pays de trouver les réponses adéquates en vue de relever les défis que nous impose la mondialisation. De son côté, la Banque Mondiale va au delà de ses Programmes d’ajustement structurel successifs qui ont souvent désorganisé beaucoup d’États d’Afrique subsaharienne y compris le nôtre. Par ailleurs, il faut reconnaître que cette approche est souvent inadaptée lorsque les ressources humaines « renforcées » à tour de bras n’ont pas les pré- requis nécessaires ! Et lorsque cette expertise existe sur place, elle n’est pas motivée pour la retenir dans le pays. Ainsi, nous assistons impuissants à la fuite du peu de matière grise qui nous reste. Dans le bi-hebdomadaire « La Semaine Africaine » du 18 décembre 2007 on pouvait lire, je cite : « plus d’un tiers des ressources humaines hautement qualifiées de l’Afrique sont actuellement dans la diaspora. Par ailleurs des études prouvent que les africains les plus instruits choisissent de plus en plus de ne pas retourner dans le continent et demeurent dans leur pays d’accueil, à la fin de leurs études… L’impact du non-retour pénalise les secteurs public et privé en Afrique ; dans certains cas, les pays sont forcés à dépendre des taux élevés de conseillers internationaux, pour aborder le travail de développement du continent ». L’implication de notre diaspora dans les actions de développement du pays est de rigueur. C’est du moins les mesures des accords du 25 octobre 2007 entre la France et le Congo Brazzaville dans le cadre de son programme de Co – développement. La Banque Mondiale a un immense porte- feuille de prêts d’investissement (338 projets pour environ 22 milliards USD je crois) pour mener une politique de développement de l’Afrique subsaharienne. Pour cela la Banque veut avoir l’appui des gouvernements qui devront s’engager à mettre en place une politique qui prendra en compte la nouvelle donne qu’est la Diaspora et à construire un environnement institutionnel capable de renforcer ce potentiel humain. D’autre part, elle veut renforcer les performances dans l’exécution de ce portefeuille, en obtenant l’engagement de la diaspora, Sur ce, un fonds de 6 milliards USD est réservé pour acquérir cette assistance technique que la diaspora devra fournir.

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SAP : Comment envisagez-vous la cohabitation sur le terrain de tous ces acteurs en vue de la réalisation de leurs programmes ?

 

MH : Il est possible de mettre en place, organiser et animer une fois de plus un partenariat innovant avec les partenaires suivants : les bénéficiaires à la base au Congo Brazzaville, les « appuyeurs » techniques (du Congo Brazzaville et de la diaspora travaillant en partenariat) ; les financiers (de la coopération bilatérale, multilatéral et de la coopération décentralisée) et le secteur public (l’État). Concernant les bénéficiaires, je pense aux acteurs socio-économiques locaux qui doivent se structurer, s’organiser, pourquoi pas, en regroupement professionnel, pour une meilleure efficacité d’action et de visibilité sur le terrain. Ensuite, viennent les structures qui appuient et accompagnent sur le plan institutionnel, technique et managérial ces bénéficiaires. Elles doivent pour cela se professionnaliser et se structurer en réseau pour une meilleure connaissance mutuelle donc un meilleur partage d’informations et d’échanges d’expériences. Un tel réseau pourrait organiser une coordination pour construire lui aussi sa visibilité et sa réactivité face à des partenaires actuels et potentiels. A cet effet, un fichier, un répertoire, un site web ou web blog devraient être des outils adaptés à développer et utiliser selon les moyens disponibles. Quant à la diaspora congolaise, deux groupes pourraient être distingués : les personnes ressources/l’expertise et les porteurs de projets économiques voulant investir au pays. Concernant les personnes ressources, elles peuvent s’organiser seules ou se regrouper mais de façon générale, adhérer à un réseau professionnel ou une plate forme thématique à mettre en place et à animer pour une bonne visibilité donc un bon repérage dans le pays d’accueil. Ce groupe cible pourra organiser des partenariats /joint ventures avec l’expertise congolaise locale, pour mieux renforcer les capacités locales en matière d’expertise et surtout créer une synergie pour une intervention harmonieuse des bénéficiaires. Quant aux porteurs de projet, ils doivent être considérés comme des investisseurs potentiels qui devront saisir les opportunités et incitations offertes notamment par la Charte nationale d’investissement. Et en tant que congolais, bénéficier des avantages et toutes autres incitations accordés aux entrepreneurs locaux. Comme le souhaite si bien la Banque Mondiale, l’État, tout en adoptant une politique et stratégie d’intégration des congolais de la diaspora dans son programme de développement socio-économique, devra alors favoriser, susciter, promouvoir et soutenir la mise en place des dispositifs et mécanismes de soutien en faveur des populations locales. Enfin, les autres bailleurs de fonds bilatéraux, multilatéraux, de la coopération décentralisée et tout autre contributeur, ils auront à apporter leur contribution dans le cadre de l’appui financier ainsi que du contrôle, de l’évaluation et de l’étude d’impact de leur apport sur les populations locales. Ces différents partenaires pourraient être représenté au sein d’un comité de pilotage pour chaque programme ou projet initié et mis en œuvre, , pour un meilleur suivi et évaluation des activités en faveur des bénéficiaires.
 

 

SAP : Revenons au 1er colloque de la Diaspora congolaise. Les prémices de son organisation vous satisfont-t-elles ?

 

MH : Je remercie l’UNFM pour la réalisation des travaux en visioconférence. Je remercie sincèrement le Dr BOUENIZABILA qui anime l’espace où s’est déroulé ce direct. C’était une grande innovation dans la façon de travailler sur les questions essentielles de développement. Les organisateurs de ce 1er colloque nous ont associé, c’est déjà un pas de géant dans la meilleure organisation de la Diaspora congolaise. Les NTIC ont démontré par l’aspect de la téléphonie combien elles peuvent être une réponse importante au développement. Cette démonstration en grandeur nature, avec un tel outil pour communiquer en simultané, image à l’appui est une bonne initiative qui se traduit ici, dans notre communauté, en terme d’appropriation comme une vulgarisation des NTIC, pour combler le fossé numérique. Du point de vue économique, c’est un retour sur investissement considérable. Je salue dans le même sens, le projet de création d’un Télécentre par l’association Partage en partenariat avec le Conseil Général de l’Essonne sous l’impulsion du Conseiller Général M. Patrice FINEL.

 

SAP : Pour terminer, avez-vous des vœux à formuler ?

 

MH : Je souhaite à tous les congolais de la Diaspora une bonne et heureuse année 2008. Je formule le vœu de voir se renouveler de telles initiatives. Le 1er colloque de la Diaspora congolaise m’ a permis de connaître l’existence de nos structures et nos projets respectifs. Mieux encore, il a mis en évidence de la possibilité de mener des actions en partenariat. Je garde l’espoir de prévoir une communication plus soutenue entre les congolais de la Diaspora congolaise et ceux restés au pays. Je me bas depuis des longues années pour le développement en faveur des populations congolaises. Aujourd’hui, j’ai un réel espoir de voir cette lutte porter ses premiers résultats. Avec la volonté, l’implication et la détermination de tous les acteurs, un développement durable approprié devient possible pour notre pays, le Congo Brazzaville.

 

SAP : Nous vous remercions et bonne année 2008, année olympique par excellence.

 


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